07 Mars – Journée d'étude de l'axe Sociologie(s) de l'international

09 h site Sciences Po Bordeaux, salle B221

7 mars 2018 /// Journée d’étude: Chercheur·ses et Recherches en Terrains Difficiles

Programme

  • 9h00-9h15 Présentation de la journée d’étude par Sarah Guillemet et Alessandra Russo
  • 9h15-10h30 Première session : « Quelles pratiques de terrain ? »
    Modératrice : Caroline Dufy 

Gilles Bertrand : « Frontières de facto, occupation militaire, démocratie illibérale, ultranationalisme : terrain difficile ou routine de l’internationaliste ? »
Sarah Guillemet : « Terrains en guerre : ce que la violence fait à l’enquête »
Discutant: Daniel Bach

10h30-10h45 : Pause-café

  • 10h45-12h00 Deuxième session : « Acteurs, éthiques et protocoles »
    Modératrice : Myriam Aït-Aoudia

Caroline Guibet Lafaye : « Trajectoires en radicalité, un difficile accès aux acteurs et aux sources »
Alessandra Russo : « Souveraineté vs biopolitique: protéger et comprimer la recherche en sciences sociales dans les espaces de dangerosité »
Discutante : Sarah Guillemet

  • 12h00-13h00 Conclusions et suivi du projet
affiche journée d'étude 7 mars 2018

Disciplines such as political science, political sociology, international relations have recently (re-)discovered the value of fieldwork research, site-intensive and immersive methodologies and ethnographic endeavours to nurture the study of transnational phenomena and global-local encounters. The increasing relevance of interpretivist approaches, the emergence of the so-called “practice turn” as well as a renewed scientific interest in “the local” and “the grounded”, has brought the researcher’ subjectivity and ethics to the forefront of the methodological debates. On the other hand, how researchers are positioned within the research settings, especially the ones which are currently being defined as “violent”, “risky” and “dangerous”, are currently under consideration by a plethora of actors engaged in the regulation of research practices (institutions, funding bodies and donors, universities bureaucracies). In other words, whilst contemporary social and political realities seem to demand more fieldwork-based research agenda, ethnographic instruments have been limited: research is surveilled, policed and securitized not only in post-conflict scenarios, in “hybrid political orders” or in the framework of authoritarian regimes, but also in contexts where European researchers should be more familiar with - suffice it to think about the impact of the etat d’urgence and counter-radicalisation norms on research agendas in the social sciences). Further, technology has revealed to have an ambivalent role in reshaping research routines and protocols: researcher standards not only value, but formally call for a full disclosure of sources to make research outputs fully accountable, transparent, traceable and actually “scientific”; on the other hand, these requirements often equal to a tangible threat for the safety of research participants (interviewees, respondents, informants) whose data and personal information are exposed to circulation and unintended manipulation thanks to their digitalization and virtual ubiquity.

By organizing the Journée D’Etude “Terrains Difficiles”[1] we aim to discuss different aspects making ethnographic engagements both critical and endangered, reflecting on how the restricted access to research sites have both methodological and political consequences and is moulding current processes of knowledge production. The Journée D’Etude “Terrains Difficiles” also intends to open up a debate on whether there is room for bottom-up enterprises, initiated by researchers themselves, to re-state the emancipatory role of research in the social sciences as well as to contest and resist current trends of securitisation and regimentation of research routines.

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[1] By “Terrains Difficiles” we mean to include different elements of vulnerability experienced by researchers (as well as all other research participants): not only the research settings per se (social and political instability, limitations of the freedoms of expression and association, conflict), but also contexts in which the topic of the research, the identity of the researcher, and/or the methodology employed can put the researcher at risk (his/her role, activity and personal security).

Les disciplines telles que la science politique, la sociologie politique, les relations internationales ont récemment (re)découvert la valeur de la recherche de terrain, des méthodologies situées et immersives, et des entreprises ethnographiques, dans l'étude des phénomènes transnationaux et des croisements des niveaux global et local. L’importance croissante des approches interprétatives, l'émergence de la théorie des pratiques ainsi que l’intérêt scientifique renouvelé pour l’étude du local et la théorie ancrée, ont placé la subjectivité et l'éthique du chercheur.se au cœur des débats méthodologiques. La façon dont les chercheurs.es sont positionné.es dans les cadres de recherche, en particulier ceux qui sont actuellement définis comme « violents », « risqués » et « dangereux », fait l’objet de nombreuses études engagées dans la régulation des pratiques de recherche (institutions, bailleurs de fonds, bureaucraties universitaires). En d'autres termes, alors que les réalités sociales et politiques contemporaines semblent exiger davantage de programmes de recherche avec une forte assise sur le terrain, les instruments ethnographiques sont limités : la recherche est surveillée, policée et sécurisée non seulement dans les scénarios post-conflit, dans les « ordres politiques hybrides » ou dans le cadre des régimes autoritaires, mais aussi dans des contextes où les chercheur.ses européen.nes devraient être plus familier.es. Il suffit de penser à l'impact des normes de l’État d'urgence et de la contre-radicalisation sur les agendas de recherche en sciences sociales. En outre, la technologie a révélé un rôle ambivalent dans la reconstruction des routines et protocoles de recherche. D’une part, les standards de recherche apprécient et même exigent le dévoilement complet des sources pour rendre les résultats de la recherche pleinement responsables, transparents, traçables et réellement «scientifiques». Cependant, ces requêtes représentent souvent une menace tangible pour la sécurité des participant.es à la recherche (interviewé.es, répondant.es, informateur.trices) dont les données et informations personnelles sont exposées à la circulation, et à des manipulations involontaires par leur numérisation et leur omniprésence virtuelle.

En organisant la Journée d'Etude  « Terrains Difficiles »[2], nous aborderons différents aspects qui problématisent les engagements ethnographiques et les compromettent. Nous souhaitons proposer une réflexion commune sur les conséquences à la fois méthodologiques et politiques de l'accès restreint aux sites de recherche et sur les processus actuels de production des savoirs. La Journée d'Etude « Terrains Difficiles » entend également ouvrir un débat sur la possibilité pour les efforts bottom-up, initiés par les chercheur.ses eux-mêmes et elles-mêmes, de réaffirmer le rôle émancipateur de la recherche en sciences sociales et de contester et résister aux tendances actuelles de sécurisation et règlement strict des pratiques de recherche.

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 [2] Par Terrains Difficiles, nous entendons inclure différents éléments de vulnérabilité vécus par les chercheur.ses (ainsi que tou.tes les autres participant.es à la recherche): non seulement les contextes de recherche en soi (instabilité sociale et politique, limitations des libertés d'expression et d'association, conflit), mais aussi des contextes dans lesquels le sujet de la recherche, l'identité du chercheur.se et/ou la méthodologie employée peuvent mettre en péril le chercheur.se (son rôle, son activité et sa sécurité personnelle).

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