Portrait 10. Emma Empociello

Portrait 10. Emma Empociello, doctorante en science politique

Emma Empociello, doctorante en science politique

Emma Empociello

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Oui bien sûr, je m'appelle Emma Empociello, je suis doctorante au Centre Émile Durkheim, où j'entame ma 3e année de thèse sous la direction d'Andy Smith. Je travaille sur les pratiques de refoulement des demandeurs d'asile syriens aux frontières, au sein de l'Union européenne et en Jordanie. J'étudie les changements de politiques publiques depuis le début de la guerre en Syrie en Union européenne à partir de deux cas d'étude, l'une à la frontière maritime à Lesbos en Grèce et l'autre à la frontière hongroise avec la Serbie. Je compare ce phénomène aux changements qui ont eu lieu à la frontière jordanienne avec pour hypothèse que les processus sont similaires, mais les pratiques différentes.
 À part ça, mon passeport indique nationalité française, ce qui est pratique pour voyager. Je suis le fruit de deux familles d'immigrés italiens et espagnols, mais beaucoup diront que ce sont mes origines ariégeoises et tarn-et-garonnaises qui prennent le dessus.

Quel est ton parcours ?

 C'est un parcours assez "classique" dans la recherche mais qui semblait complètement farfelu dans ma famille pour qui rien de tout ça ne menait à un métier ou à de la stabilité.
 Après un bac qui semblait me mener plutôt vers une carrière dans les chiffres et la finance (raté, désolée Papa), j'ai commencé en 2013 mes études par une prépa lettres, puis une troisième année de droit et science politique à l'université de Toulouse Capitole, prévue pour souffler un peu après les deux années en classe préparatoire. Finalement, j'ai enchaîné les formations cette même année (une maladie commune à beaucoup de mes camarades) : un diplôme en analyse du conflit, un premier mémoire de recherche, des formations en droit international humanitaire et la course aux concours des IEP pour le master. J'ai intégré en 2016 l'IEP de Bordeaux dans le master Politique internationale, avec la thèse en ligne de mire dès l'entretien d'admission. Après deux années riches en enseignements et un premier terrain de quelques mois en Jordanie, j'ai eu la chance d'obtenir la bourse doctorale pour laquelle j'avais postulé à Bordeaux.

Qu'est-ce qui t'a attirée vers la recherche ?

 De manière générale et encore une fois, je pense que c'est une réponse commune à beaucoup de mes collègues, mon insatisfaction permanente pour les réponses en surface, peut‑être aussi ma curiosité et ma ténacité, mon goût pour les énigmes... J'entretiens un rapport assez viscéral à la compréhension ou plutôt l'incompréhension du monde qui m'entoure.
 Plus précisément, ma première expérience de recherche a été décisive. En 2015, j'ai rencontré lors d'une conférence à Toulouse deux chercheurs du CARR (Center for Human Rights Policy) d'Harvard qui travaillaient sur la torture à Guantanamo. À ce moment‑là, j'étais très intéressée par la guerre d'Algérie et je suis allée à leur rencontre pour leur demander si un travail sur la torture pendant la guerre d'Algérie les intéressait. J'ai commencé des mois de recherche et d'entretiens avec des anciens combattants et ça a été un vrai déclic pour moi. D'éternelle indécise je suis devenue complètement bornée : je n'ai plus voulu faire que ça.

Quels sont tes projets pour l’avenir ?

 Ces prochains mois je m'installe à Arcachon (je suis devenue la spécialiste des décisions rapides qui surprennent mon entourage) et j’espère retrouver un quotidien dans la vie du laboratoire. J'ai d'ailleurs des projets de séminaires itinérants entre plusieurs laboratoires en France et j'espère que la situation exceptionnelle nous permettra de les mener à bout !
 J’aimerais aussi me consacrer à l’écriture de plusieurs articles sur mes derniers terrains qui étaient très riches, et continuer l'apprentissage, interminable, mais qui me tient à coeur, de l'arabe. Je veux aussi profiter des mois de contrat qui me restent pour avancer dans divers projets. En dehors des publications 'classiques', des formats plus innovants que nous affectionnons avec quelques autres doctorant·e·s sont en cours de gestation (à suivre dans la newsletter !).
 Sur le temps plus long, le métier d'apprentie chercheuse me comble et avoir un directeur de thèse qui me laisse libre d'être très inventive me pousse à expérimenter différentes méthodes de recherche et de production, comme l’utilisation du dessin, de la photographie et de la vidéo. J’évolue dans le doctorat sereinement et pour le moment avec beaucoup de plaisir. Si je reste chanceuse sur les contrats, j'aimerais continuer dans cette veine. J'ai toujours beaucoup plus d'idées que de temps donc je ne doute pas que les projets seront nombreux !

En dehors de la recherche ?

 Quand je ne travaille pas, j'essaie de me reconnecter à des choses plus simples. J'ai passé mes pauses déjeuner du confinement à regarder pousser les feuilles des figuiers de mon jardin à Toulouse et mes soirées à m'occuper du potager ! Si je devais conseiller une seule chose ce serait plutôt un juste milieu entre la contemplation et le mouvement ; je serai incapable de produire quoi que ce soit sans une heure de danse ou de nage par jour !
 En dehors de la recherche, un artiste peintre que je vous invite à suivre de près : Cyril Afonso (il faut bien que je trouve quelque chose à vendre !). Allez voir son site éponyme si vous avez l'occasion, une nouvelle série vient d'y être publiée !

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Mise à jour le 06/01/2022

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