Enseignement supérieur, recherche et innovation.Vers l’égalité femmes-hommes ? Chiffres clés

page couv rapport

Télécharger le rapport

Retour sur une journée d'études de l'ANR-CIRAD :

photo colloque CIRAD

Comment identifier les biais de genre dans l’évaluation et dans la production des savoirs ? Quels dispositifs peuvent représenter des potentiels leviers de réduction de ces biais ? Afin de présenter des travaux de recherche et de favoriser le partage de connaissances dans une logique de co-construction des outils méthodologiques à mettre en œuvre, l’ANR et le Cirad ont organisé un colloque virtuel le 15 décembre 2020. Découvrez les vidéos des interventions, présentations et tables rondes du colloque sur cette page.

La journée était organisée autour de 2 axes : 

  • Les biais de genre dans l’évaluation de la recherche, avec des interventions et présentations de travaux de recherche sur les inégalités dans les carrières académiques et sur l’identification et la mesure des biais ;
  • Les biais de genre dans la production des savoirs, avec des retours d’expérience de projets ayant intégré la dimension sexe et/ou genre dans leurs travaux de recherche, et des interventions sur les écueils et les résistances avec notamment un projet de recherche sur les résistances à l’égalité de genre. 

Une enquête du CNRS 

Vie de mère (de père), vie de scientifique. 
Enquête sur les conséquences de la charge parentale sur les métiers de la recherche
Voir l'enquête ici

Cette enquête s’adresse aux mères et pères, ou aux personnes qui ont la responsabilité d'un ou plusieurs enfants, qui exercent, ou ont exercé, un métier de la recherche quel qu’il soit (chercheur-se, enseignant.e, administratif-vetechnicien-ne, ingénieur-e) et quelles que soient la durée et la stabilité de cet emploi.

Rien ne permet en effet d’affirmer que le monde de la recherche est épargné par les évolutions et les difficultés que connaît le reste de la société : les niveaux de salaire y sont relativement peu élevés, les origines sociales assez diverses et les parcours de vie ordinaires. Ces parcours de vie sont sans doute affectés par ce qu’on appellera ici la « charge parentale ». Rappelons par exemple que 21% des familles en France étaient dites monoparentales (un enfant ou plus âgé de moins de 25 ans) en 2014 ; il s’agissait pour 85% de mères seules.

Les établissements d’enseignement supérieur de recherche développent des politiques de promotion de la parité hommes/femmes, de plus en plus contraignantes. Celles-ci s’expriment particulièrement dans les priorités scientifiques, dans les recrutements et les distinctions ou promotions. Les femmes représentent encore, néanmoins, 35% des chargés de recherche, mais 29% des directeurs de recherche et 11% des directeurs de recherche « de classe exceptionnelle » ; 43% des maîtres de conférence mais 24% des professeurs d’université ; 65% des techniciens du CNRS mais 31% de ses ingénieurs de recherche*.

Ces politiques ne sont toutefois pas suffisamment attentives à la réalité des conditions de vie et de travail, autrement dit à la difficulté de ce qui est appelé la « conciliation des temps de vie » en regard des attentes spécifiques des métiers de la recherche scientifique.

Pour le dire simplement, être recruté.e en tant que femme ou homme (le sexe de l’état civil) ne dit rien de la charge parentale effective, de la situation familiale (appui du conjoint ou de la famille proche) et financière (revenus du foyer, lieu d’habitation, héritage, etc.) réelles, ou encore des obligations professionnelles liées à la spécialisation thématique ou géographique (lorsque des déplacements lointains, fréquents ou longs sont nécessaires).

Des dispositifs de développement des carrières sont proposés (subventions à la mobilité internationale, expatriation, école thématique et formations souvent hors de la résidence administrative), sans aucune forme d’accompagnement spécifique (sinon très faible, comme les chèques emploi service). Or, comment répondre à l’exigence de l’internationalisation de la recherche ou de l’acquisition de compétences nouvelles, lorsque vous ne pouvez, par exemple, laisser vos enfants à aucun.e conjoint.e ou grand-parent disponible, alors que vous devez mener une enquête ou échanger avec des collègues étrangers, ou suivre une formation loin de votre domicile ?

Il s’agit ainsi de corriger un angle mort des enquêtes relatives aux discriminations et inégalités de genre, afin de 

  1. mesurer les conséquences de la charge parentale sur l’exercice des métiers de la recherche ;
  2. sensibiliser les acteurs du pilotage scientifique et de l’évaluation/du recrutement des agents, en les incitant, par exemple, à davantage prendre en compte les effets d’une (sur)valorisation d’une expérience d’expatriation lors d’une promotion ou d’un recrutement, ou plus banalement à fixer des horaires et jours de réunion ou de colloque adaptés, et
  3. identifier des solutions. Aucun organisme d’enseignement et de recherche ne pourra à lui seul ni corriger l’inégale affectation des responsabilités parentales, ni faire évoluer les conséquences de la diversité des origines sociales (notamment en ce qui concerne l’accès au logement dans les grandes villes). Mais il peut veiller à en atténuer les effets les plus marqués sur ses personnels, dans l’exercice de leurs activités spécifiques.

* Précisons que les femmes représentent entre 70 et 93% des diverses catégories d’agents du CNRS travaillant à temps partiel, 37% des chercheurs contractuels et 51% des IT contractuels.

Mise à jour le 11/03/2021