ESSAQUI Événements

  • 16 novembre 2017, Colloque "Les artistes et leurs institutions" argumentaire sur http://calenda.org/402433Communication de Armelle Gaulier (CED) et Stéphanie Maupilé (IFAID) : "Le Dispositif Local d’Accompagnement entre institutionnalisation de l’art et principe de réalité".
  • 7 novembre 2017, Journée d'étude ESSAQUI « Les dynamiques territoriales de l’Economie sociale et solidaire : entre mobilisations et institutionnalisations »

(Centre Emile Durkheim-IFAID-Conseil Régional Nouvelle Aquitaine)

9h30-12h30 : session 1 : amphi Ellul

Discutants : Andy Smith (FNSP-Centre Emile Durkheim, Sciences po Bordeaux) et Robert Lafore (Sciences po Bordeaux-COMPTRASEC)

Introduction: rappel de la problématique du projet ESSAQUI et présentation de la journée

Xabier Itçaina (CNRS-Centre Emile Durkheim, Sciences po Bordeaux)

Les pratiques de travail institutionnel d’adoption d’un dispositif public : le cas de deux Pôles Territoriaux de Coopération Economique

Céline Bourbousson (LEST-Université Aix-Marseille)

Nous proposons dans cette communication de nous intéresser à la « mise en dispositif », au sens de Foucault (1977), de projets de polarisation territoriale dans le champ de l’économie sociale et solidaire (ESS). Nous nous appuyons sur une analyse multi-niveaux qui se décline sous la forme : 1) d’une enquête qualitative sur l’élaboration du dispositif Pôle Territorial de Coopération Economique (PTCE) par les acteurs nationaux, 2) de deux études de cas auprès de deux de ces pôles en région Paca. Notre travail permet d’éclairer le phénomène de banalisation du dispositif PTCE en donnant à voir l’évolution des logiques institutionnelles qui contribuent à le façonner. Alors même que dans un premier temps, la logique civique de développement territorial alternatif domine dans la construction du dispositif, ce dernier connaît par la suite l’introduction et la domination d’une logique gestionnaire de normalisation de l’ESS. Dans ce contexte, nous mobilisons la grille d’analyse du travail institutionnel pour cerner les pratiques mises en œuvre par les deux PTCE que nous analysons pour gérer le pluralisme institutionnel une fois entrés dans le dispositif. Notre analyse révèle que le PTCE qui parvient à survivre et à se développer est celui qui hybride les logiques civique et gestionnaire. Le second PTCE, très façonné par la logique civique et qui a la particularité de mettre en place des pratiques que nous qualifions de résistance institutionnelle, ne parvient pas à pérenniser son activité. L’approche néo-institutionnaliste que nous mobilisons dans le cadre de l’adoption d’un dispositif public nous permet alors de rendre compte de la dimension stratégique de ce dispositif, ainsi que des conditions nécessaires - pour les projets qui s’emparent- à sa pérennisation.

Faire territoire par la coopération : l’expérience du PTCE Sud Aquitaine

Xabier Itçaina (CNRS-Centre Emile Durkheim, Sciences po Bordeaux)

Les Pôles territoriaux de coopération économique (PTCE), consacrés par la loi ESS de 2014, constituent une forme innovante de polarisation territoriale de l’ESS. A la différence des PTCE « filière », le PTCE Sud Aquitaine est un PTCE territorial aspirant à repenser de façon transversale les articulations entre ESS, développement local et solidarité territoriale. Loin de se limiter à une addition de statuts entrepreneuriaux, l’ESS ambitionne ici de nourrir profondément les modèles de développement territorial. A ce titre, le PTCE Sud Aquitaine, situé à Tarnos (Landes) constitue une expérience originale associant une vingtaine de structures de l’ESS, les acteurs des politiques publiques et les acteurs privés marchands dans une démarche conjointe de coopération territoriale. Cette forme de polarisation innovante résulte à la fois d’une matrice territoriale fondée sur une histoire longue de la coopération, et ce depuis la période de reconversion industrielle du territoire, et sur les stratégies contemporaines d’acteurs pensant le développement local par et pour l’ESS. Enfin, de par les configurations d’acteurs qu’elle mobilise, l’expérience du PTCE a des effets territoriaux : associant acteurs landais, béarnais et basques, le PTCE Sud Aquitaine vient à plusieurs égards redéfinir les cadrages territoriaux institués et y substituer un nouveau territoire de projet.

L’innovation sociale à l’épreuve du territoire

Laura Douchet (Doctorante CIFRE SCOP Ellyx-Centre Emile Durkheim)

Notre communication va se demander comment les dispositifs de soutien à l’innovation sociale ainsi que des projets se revendiquant de l’innovation sociale s’inscrivent et participent à construire les territoires dans lesquels ils se déploient. Dans un premier temps, l’innovation sociale apparaît en effet comme « fondamentalement territoriale » (Durance, 2011, p.49) au sens où le territoire est le cadre par lequel peut se poser la question de comment faire société. Néanmoins, le travail institutionnel de territorialisation de l’innovation sociale entretient une confusion ou un dialogue avec des sens connexes, tels que le local, les territoires administratifs, ou encore la proximité. Nous regarderons donc les cadrages des projets d’innovation sociale qui sont ainsi produits dans un deuxième temps. Enfin, nous chercherons à voir comment les projets d’innovation sociale s’intègrent dans différentes échelles, qui peuvent s’emboiter ou interagir et dépendent de territoires et de systèmes d’appartenance multiples. 

L’accompagnement DLA et ses contraintes sectorielles : l’exemple de l’IAE et de la culture.

Armelle Gaulier (Centre Emile Durkheim-Les Afriques dans le Monde)

L'Insertion par l'Activité Economique (IAE) est en France une mission de service public déléguée qui connaît aujourd'hui une réelle concurrence avec des entreprises sociales d'insertion par le travail. Le secteur de l'IAE devient un champ complexe où une diversité d'acteurs publics, parapublics et privés interagissent. Le même constat peut être fait dans le secteur de la culture, pourtant s'il est évident que l'IAE s'organise autour d'un « quasi-marché » les acteurs culturels du territoire restent encore largement dépendants des aides de l'Etat. Ayant pour objet de soutenir et professionnaliser le secteur associatif, le Dispositif Local d'Accompagnement (DLA) aide aussi bien les associations culturelles que les structures de l'IAE. Dans cette présentation, en s'appuyant sur les accompagnements réalisés dans le cadre du DLA, nous répondrons à la question suivante : l'accompagnement des structures de l'IAE diffère-t-il de l'accompagnement des associations du secteur de la culture ?

14h-16h : session 2 - salle Camus

Les régimes territoriaux de l’institutionnalisation de l’ESS : vers une grille comparative

Session de travail interne du projet ESSAQUI (intervenants de la matinée, IFAID Aquitaine, Alain Penven (LABERS-Université de Rennes) ; Nadine Richez-Battesti, Lucie Bondoux et Julien Maisonasse (CNRS-LEST, Université d’Aix-Marseille)

16h30-18h30 : amphi Ellul

La fin du monde associatif ?

Conférence-Débat sur l'action publique : l'exemple du DLA

Partenariat Centre Emile Durkheim - IFAID Aquitaine

 

Présentation du travail d'Armelle Gaulier, Docteure en Sciences Politiques, Centre Emile Durkheim, Sciences Po Bordeaux.

  • Colloque « Les artistes et leurs institutions », Université de Bordeaux, 16-17 Novembre 2017

Armelle Gaulier, post-doctorante Centre Emile Durkheim, université de Bordeaux et Stéphanie Maupilé, Chargée de mission DLA, association IFAID, Bordeaux

« Le Dispositif Local d’Accompagnement entre institutionnalisation de l’art et principe de réalité »

Comédiens, metteurs en scène, scénographes collectif de performeurs, sont autant de créateurs ayant choisi le modèle associatif pour acquérir une visibilité institutionnelle, demander des subventions publiques et avoir les moyens de créer. Comprenant l’exigence de professionnalisme attendue par les institutions, les associations salarient le plus souvent une personne en contrat aidé pour s’occuper du développement, ou pour créer leur propre emploi lorsque leur droit à l’assurance chômage du régime de l’intermittence est épuisé, mais leurs demandes de subventions restent sans réponse et l’évolution attendue s’avère plus complexe qu’envisagée.

Créé en 2002 par l’État et la Caisse des Dépôts, le Dispositif Local d’Accompagnement (DLA) aide les associations employeuses dans leur démarche de consolidation et de développement. Le chargé de mission DLA réalise un  diagnostic avec l’association, propose des préconisations et met en place un plan d’accompagnement, qui comprend une ou plusieurs actions d’appui sous forme d’ingénieries individuelles ou collectives. Il assure un suivi du plan d’accompagnement et mesure son impact sur le développement des activités et des emplois. Le rôle du chargé de mission DLA est d’être à l’interface des partenaires institutionnels (département, DRAC, Pôle Emploi culture-spectacle, etc.) et des associations artistiques et  culturelles qu’il accompagne.

En s’appuyant sur des exemples d’associations ayant suivi un accompagnement DLA en Gironde, cette communication cherchera à comprendre en quoi le dispositif contraint les artistes à créer en fonction d’un cadre donné par l’Etat ? Marqué par la mise en place d’une nouvelle gestion publique (Piron, 2003), l’Etat change son modèle notamment dans le secteur culturel et ne subventionne plus des associations mais des projets de création ayant un impact mesurable (politique de la ville, médiation interculturelle, etc.). Ainsi, en suivant le parcours d’accompagnement d’une jeune compagnie de théâtre (le groupe Apache) et d’un collectif de performeurs (association Palabras) nous chercherons à comprendre comment s’opère cette injonction à la professionnalisation des artistes qui deviennent alors des entrepreneurs culturels (Menger, 2003), facilitant ainsi la reconnaissance et l’obtention de subventions auprès des institutions culturelles. Nous utiliserons aussi la notion de valeur (Heinich, 2017) pour comprendre en fonction de quel compromis les artistes se plient (ou pas) à cette reconnaissance. 

Bibliographie

Heinich, Nathalie, Des Valeurs. Une approche sociologique, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des Sciences humaines », 2017
Menger, Pierre – Michel, Portrait de l’artiste en travailleur Métamorphoses du capitalisme ESSAI La République des Idées, Seuil, janvier 2002
Piron, Florence, “La production politique de l’indifférence dans le Nouveau management public.” Anthropologie et Sociétés 273, 2003, p.47-71

Communication d'Armelle Gaulier, Post-Doctorante Centre Émile Durkheim, Bordeaux University, France

6. Institutionalization, scaling up and public policies

- The french Dispositif Local d’Accompagnement (ie local support program) : a flexible and asymmetrical public policy program helping the third sector ?

The non-profit sector, a highly dynamic field in France, is one of the main actors of the social economy, since it generates jobs, responds to territorial needs, creates social ties and supports, and sometimes even supplements public policies. However, confronted to decreasing public subsidies and an administrative reorganization inspired from the rules of the New Public Management (Bezes, 2012), third-sectors associations, have seen their position weaken. Since 2003, the French government has added a new program to its employment policies, the DLA (Dispositif Local d’Accompagnement), without charge for the associations. The DLA aims at helping job-creating organizations in the social economy sector in terms of professionalization, job preservation and development. At the local level (ie les départements), supporting structures, which are also third-sectors associations, provide professionals in support of the implementation of the program. Such support is divided into three phases: after a diagnosis carried out by the professionals in collaboration with the association, a new project is designed over a few days with an external provider, on the basis of the terms of reference predefined between the professional and the association; and finally, the professional, the association and its partners gather for a final report.

The ESSAQUI research program, from the Centre Emile Durkheim, (Sciences po Bordeaux), is currently realizing a case study of DLA in the area previously known as region Aquitaine (ie Dordogne, Pyrénées-Atlantiques, Gironde, Landes, Lot-et-Garonne). Viewed by the professionals as a flexible policy program (Cottin-Marx, 2016), the DLA can be described as a tool box allowing for significant freedom. The issue of our research resides in the ways by which this “governance by support” is built according to a territory (Pecqueur et Itçaina, 2012), and eventually reveals the economic and social local dynamics. Indeed, public actors may sometimes use the DLA for purposes other than employment, for example by asking an association to carry out a real public service mission or, on the contrary, by putting pressure on the professionals to carried out a DLA on associations that get public funding. The professionals, as authentic advisers, are in charge of fostering relationships amongst the actors of the social economy and policy makers. Nonetheless, their implication has consequences, they say that they are here to help the associations, and realize the DLA according to their own perception of the DLA public program regardless of the local context.

This empirical research program, combining a qualitative approach (with participant observation, and semi-guided individual interviews) with a quantitative one (by survey), underlines that it is possible to describe territorial regimes of social economy, generated by institutionalization and desinstitutionalization dynamics. Our presentation will first describe how the DLA works, and is depicted by the professionals as a program “without fault”, even if sometimes it forces the associations to eliminate jobs. We will then realize a comparative analysis of the practices developed within three associations that manage the dispositif in the Aquitaine region, whose professional identities (association de développement, bureau de gestion, association sportive) and relationships with local institutions differ.

Bibliographie

-Bezes Philippe (2012), «État, experts et savoirs néo- managériaux. Les producteurs et diffuseurs du New Public Management en France depuis les années 1970. » (in) Actes de la recherche en sciences sociales, n°193, juin.
-Cottin-Mars, Simon (2016), Professionnaliser pour « marchandiser » (et inversement). Quand l’État accompagne les associations employeuses, directeur de thèse Gilles Jeannot, thèse pour le doctorat en sociologie, soutenance le 21 novembre 2016.                
- Pecqueur B., Itçaina X. (2012), « Economie sociale et solidaire et territoires : un couple allant de soi ? », RECMA – Revue internationale de l’économie sociale, n°325, p. 48-64

- Le Dispositif Local d’Accompagnement : un dispositif de politique publique flexible au service de l’ESS ?

Très dynamique en France, le monde associatif est un acteur majeur dans le champ de l’Economie Sociale et Solidaire car il crée des emplois, répond aux besoins territoriaux, crée du lien social et appuie voire parfois se substitue aux politiques publiques. Cependant, face à la baisse des subventions publiques et au développement d’une réorganisation administrative basée sur les règles du New PublicManagement (Bezes, 2012), les associations du tiers-secteur sont fragilisées. Depuis 2003 l’Etat français a pourvu sa politique de l’emploi d’un Dispositif Local d’Accompagnement (DLA) gratuit pour les associations. Le DLA a pour objet d’aider les associations employeuses de l’ESS dans leurs démarches de professionnalisation, de pérennisation de leurs emplois et de développement. Dans les différents départements de France des structures porteuses, qui sont elles aussi des associations, mettent à disposition des chargés de mission pour la réalisation du dispositif.

L’accompagnement se déroule en trois phases, après un diagnostic effectué par le chargé de mission avec l’association, une ingénierie est réalisée par un prestataire extérieur pendant plusieurs jours, en fonction d’un cahier des charges remis par le chargé de mission ; enfin, une étape de restitution est réalisée avec l’association, ses partenaires et le chargé de mission.

Le projet de recherche ESSAQUI, porté par le Centre Emile Durkheim (Sciences po Bordeaux), réalise une étude de cas du DLA dans l’ancienne région Aquitaine (Dordogne, Pyrénées-Atlantiques, Gironde, Landes, Lot-et-Garonne). Envisagé par les chargés de mission comme un dispositif souple et flexible (Cottin-Marx, 2016), le DLA est une boîte à outil qui laisse une grande liberté d’action. Ainsi, l’enjeu de cette recherche est de montrer en quoi cette « gouvernance par l’accompagnement » se construit en fonction d’un territoire (Pecqueur et Itçaina, 2012) et devient finalement un révélateur d’enjeux économiques, politiques et sociaux locaux. En effet, dans les secteurs de la culture et de l’Insertion par l’activité économique par exemple, les acteurs publics peuvent parfois se saisir du DLA à d’autres fins que l’emploi, en demandant par exemple à une association de faire une réelle mission de service publique ou, au contraire, en faisant pression sur les chargés de mission pour qu’un DLA soit effectué auprès des associations qu’ils financent. Véritables personnes ressources, les chargés de mission DLA créent du lien entre les acteurs de l’ESS et les porteurs de l’action publique. Cependant, l’implication des chargés de mission DLA n’est pas neutre. Ils se disent avant tout au service des associations et appliquent le DLA en fonction de leur propre perception de ce dispositif d’action publique, quel que soit le contexte local.

Cette recherche empirique sur le DLA, associant approche qualitative (observation participante, entretiens individuels semi-directifs) et quantitative (questionnaire), permet de montrer en quoi il est possible de parler de régimes territoriaux de l’ESS construits par des dynamiques d’institutionnalisation et de désinstitutionalisation. Pour cette présentation, dans une première partie, nous aborderons le fonctionnement du DLA, perçu par les chargés de mission comme un dispositif « sans échec », même si parfois il conduit l’association à supprimer des emplois. Nous proposerons dans une seconde partie, une analyse comparative des pratiques du dispositif entre trois structures porteuses, ayant des identités professionnelles différentes (association de développement, bureau de gestion, association sportive) et des liens plus ou moins étroits avec les partenaires institutionnels locaux.

Mise à jour le 15/11/2017

Partenariat avec l'IFAID