Le séminaire général du Centre Émile Durkheim a vocation à rassembler les différentes composantes du laboratoire autour d’un thème transversal, qui intéresse tous les axes sans pour autant mordre sur les thèmes de prédilection de l’un ou l’autre d’entre eux. Les séances de l’année 2017-18 porteront sur les idéologies. L’actualité politique rend en effet manifeste la prégnance de systèmes d’idées et/ou de représentation politique dont les sciences sociales doivent interroger les modalités de d’emprise ou de conviction.

Le format de réunion restera le même : deux demi-journées avec 3 interventions pour chacune de 40 minutes et une discussion générale introduite par des collègues du laboratoire.

 

  • Séance 1. Jeudi 7 décembre 2017. « Comment opérationnaliser l’emprise d’une idéologie ? »

À la fois parce qu’elles sont généralement conçues négativement mais aussi parce que, par définition, elles opèrent à l’insu de celles et ceux qui en sont convaincu-e-s, il est difficile d’isoler les modalités de conviction des idéologies, au contraire justement des idées politiques. Autant les dernières peuvent être sophistiquées et faire l’objet de discussion et d’investissement volontariste de la part des acteurs sociaux, autant les premières relèvent largement de la conviction profonde et sont pratiquement hors de portée de l’argumentation. Comment dès lors en repérer non pas la présence mais leur mode opératoire ? Faut-il se limiter à observer les messages qu’elles produisent ? Faut-il concentrer le travail sur la socialisation précoce ? Faut-il remettre en œuvre des formes d’investigation dans la durée qui permettent de travailler avec les acteurs pour prendre conscience avec elles et eux de ce qui les agit ?

Par ailleurs, il y a d’autres concepts qui veulent rendent compte des limites de la conscience que les acteurs ont de ce qui les fait agir. Les méthodes qu’on utilise pour appréhender l’habitus ou les relations de domination sont–elles les mêmes que celles dont on a besoin pour repérer une idéologie ? Quelles différences faut-il faire entre ces différents projets scientifiques ?  

La séance rassemblera quatre collègues qui interviendront à partir de textes déjà publiés. A chaque fois, il s’agira pour elles et eux de systématiser la question de l'opérationnalisation de l’idéologie, en commençant bien sûr par interroger cette idée.

 

Viviane Albenga (Université Bordeaux Montaigne, chercheuse associée au CED) : « S'approprier des idées subversives en pratique contre une idéologie dominante. Retour sur les appropriations ordinaires des idées féministes. »

À partir du dossier « Appropriations ordinaires des idées féministes » qu’elle a coordonné avec Alban Jacquemart et Laure Bereni Pour la revue Politix (vol.28, n°109, 2015)

Ronan Hervouet (Université de Bordeaux, directeur adjoint du CED) : « Idéologie d'Etat et rapport ordinaire au politique en contexte autoritaire. Le cas de la Biélorussie ».

À partir du texte « Travailler ‘bénévolement’ pour la collectivité : les subbotniki en Biélorussie postsoviétique » publié avec Alexandre Kurilo avec dans Genèses

Julie Pagis (CNRS/IRIS) et Wilfried Lignier (CNRS/CESSP) : « Aimer avant de connaître : à propos de la politisation primaire ».

À propos de leur livre L’Enfance de l’ordre. Comment les enfants perçoivent le monde social, Paris, Seuil, coll. « Liber », 2017.

DiscutantEs : Paul Cormier, Sophie Duchesne et Agnès Villechaise.

 

  • Séance 2. Jeudi 15 mars 2018. « Idéologies politiques et changements social »

Quels rapports les mouvements sociaux, et notamment les événements révolutionnaires, entretiennent-ils avec les idées ? Ont-ils parfois pour cause des pensées ? Et qu’appelle-t-on « idées » ou « pensées » dans ce cas ? Les « idées » existent-elles indépendamment des institutions ou pratiques qui les sous-tendent ? Appelle-t-on idées des systèmes conceptuels élaborés par des intellectuels (philosophes, écrivains), ou la culture plus en général ?

Par exemple, peut-on considérer Diderot, D’Alembert, Rousseau, et des auteurs de moindre importance que ceux-là, comme ayant contribué d’une manière ou d’une autre par leurs écrits au surgissement et au déroulement de la révolution française ? Faut-il tenir Marx et Engels comme (causalement) responsable de la révolution russe, ou le libéralisme comme à l’origine de l’effondrement du mur du Berlin ? Les « idées démocratiques », ou la théologie musulmane, ont-elles eu une influence, et si oui de quelle nature, sur le « Printemps arabe » ? Est-ce qu’au contraire la pensée est étrangère au changement social et aux révolutions, dont il faudrait trouver les causes dans d’autres mécanismes, par exemple dans des bouleversements économiques ou géopolitiques ?

Cet ensemble de questions a été abordé par la plupart des sociologues classiques. Marx Tocqueville et Weber, parmi d’autres, ont développé à son propos des théories originales. Chez les historiens, Perry Anderson, François Furet, Roger Chartier et William Sewell en ont proposé des analyses. Dans les sciences sociales contemporaines, la « nouvelle sociologie des idées » et l’ « histoire sociale des idées politiques » perpétuent ces questionnements, sous des formes différentes de celles des classiques.

La séance s’organisera autour de l’intervention de trois collègues, qui aborderont la problématique à partir de recherches en cours (papiers à venir).  

 

Magali Della Sudda (CNRS, Centre Emile Durkheim) : « L’Alterféminisme : appropriations pratiques et contestations culturelles »

Thierry Oblet (Université de Bordeaux, Centre Emile Durkheim) : « Changement social et mythe des origines. »

Arnault Skornicki (Université Nanterre Paris Ouest, Institut des sciences sociales du politique) : « Vers l’industrie pacifique ? Métamorphoses et crise d’un lieu commun à l’aube de l’ère industrielle »

DiscutantEs : Razmig Keucheyan, Julie Patarin Jossec, Antoine Roger.

Mise à jour le 26/06/2017